Un bout de me

  

Overdose de Framboises…

 

 

Conversation courte entre Montréal et Alex Duluth, captée au téléphone jeudi 5 février vers 12h26.

- Comment tu t’appelles ?
- Montréal
- C’est un joli prénom ça, et c’est ton vrai prénom ?
- Oui, pourquoi je ne te dirais pas mon vrai prénom ?
- Je ne sais pas, juste parce que la transparence n’a pas de reflets par exemple.
- Montréal, c’est mon vrai prénom, je l’aime.
- Moi aussi, je l’aime.
- Est-ce que tu pourrais aimer quelqu’un qui s’appelle Montréal ?
- Oui, je pense.
- Et toi comment tu t’appelles ?
- Alex Duluth.
- C’est ton vrai nom Alex Duluth ?
- Non, moi j’aime bien les reflets et les prismes et je n’aime pas mon vrai prénom, donc je joue un peu.
- Je crois que je pourrais aimer quelqu’un qui ne s’appelle pas vraiment Alex Duluth.
- Ah oui, mais qu’est-ce qui te ferait l’aimer ?
- Qu’il m’écrive des histoires, qu’il me raconte des vies, qu’il me porte loin de mon île.
- Et si Alex était une fille, tu l’aimerais plus ?
- Mais si Montréal était un homme, ça changerait quelque chose ? Le sexe n’a pas d’importance à notre niveau de discussion, tu ne crois pas ?
- Oui, c’est vrai, soyons asexués.
- Qu’est ce qui te plaît chez moi, mis à part mon prénom ?
- Ton impertinence, ton fouilli, tes histoires, ta vision, tes multiples facettes, ton son, le fait que je peux te quitter pendant plusieurs jours mais que je te retrouve toujours pareil mais changé. Ton odeur aussi, ta texture, tes erreurs, tes images fixes ou animées. C’est un tout fait de petits riens si énormes…
- Tout ça ! Tu me flattes, mais tu es là pour me pénétrer et faire partie de moi, d’un bout de moi, donc je dois savoir qui tu es vraiment avant de t’accepter en moi.
- Qui je suis vraiment, difficile à dire. Ma réponse la plus courte c’est d’aller te perdre dans mon blog de la rue Duluth pour voir qui je suis, mais comme c’est toi, je veux bien t’en dire plus sur moi. Que veux-tu savoir ?
- Tout ce à quoi tu penses et qui pourrait faire que je tombe en amour et t’accepte.
- J’écris au féminin, mais je ne suis pas vraiment un Homme, je suis singulière mais aussi plurielle, je fréquente des places où je laisse mon ombre, je bois trop de café, je suce les citrons avant d’avaler mes gins tonic, je danse seule au milieu de mon salon, je crie tout bas et je pleurs tout fort, je baise mais jamais avec celui que j’aime, je sème des plumes sur mon trottoir les soirs d’Halloween, j’adore lécher le front de ma moitié quand elle sort de la douche, je ne sale jamais mes plats, je recycle tout en n’importe quoi, je me coupe souvent les doigts, je viens d’une ville ou les gens se sourient, j’achète mes fruits à Jean Talon, je suis pleine de contradictions, je ne sais pas reconnaître la différence entre un Coke et un Pepsi, j’aime le mot « tantinet », ma chanson préférée est « At Last » chantée par la grande Nina, j’adore semer le doute en lançant de vieux clichés, je ne connais rien de la rue Duluth mais c’est de cette rue que je vis, j’emmerde les gens qui ne comprenne pas que c’est de l’art et sont paranos, si la framboise n’existait pas, je deviendrais dépressive, la question qu’on me pose le plus souvent c’est : « mais on se connait ? » comme si j’étais ce sourire qui passait à minuit treize sur le visage d’un inconnu, mes amis sont virtuels et plus de 1300, je suis rarement en colère contre les autres mais souvent contre moi-même, j’écris souvent, tout le temps parfois jamais, il m’arrive de mettre les doigts au fond de la bouche car je souffre de boulimie photographiesque… et je perds mon souffle en fin de phrase.
- Alex, si je te prends maintenant ou jamais, tu m’en voudras ?
- Non, notre relation pourrait être un « one shot », mais j’avoue que comme j’ai tendance à t’idéaliser, je me connais, je sais que le mot souffrance fera désormais partie de mon vocabulaire quand je te verrais et que je ne serais plus une partie de toi. Et si tu ne m’acceptes jamais, je ne me dirais pas que c’est par manque d’envie, mais juste d’espace, parce que même si tu as beaucoup à donner, tes limites te contraindront à faire des choix.
- Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis tellement sollicitée, par des gens aussi intéressants que les citrons que tu sucent dans ton gin tonic, pourquoi je te donnerais de l’espace à toi ?
- Tu sais que je me crée déjà mon propre espace toute seule, que je n’ai pas besoin de toi pour vivre, que tu serais juste comme une petite lumière sur moi qui m’éclairerait et ferait grandir mon ombre.
- Je serais ta lumière et toi l’ombre de moi… pourquoi pas…

A la suite de cette conversation, Alex Duluth a fait une overdose de framboises. Elle est dans un état critique entre l’ombre et la lumière, dans l’attente de la décision de Montréal. Si vous voulez prendre de ses nouvelles par courriel : alex@rueduluth.com