Il avait des pieds d’homme solide. Rien de très joli ni d’extraordinaire. Quand on les voyait, on ne s’exclamait pas : quelle beauté, quelle exactitude des courbes, quelle justesse des ongles, ils sont parfaits ! Sauf que pour moi, les yeux fixés sur ses pieds, ça me murmurait plein de douceurs dans les oreilles, comme quand on est enfant devant un magasin de confiseries. Et du sucre, j’en voulais plein les dents, sur les lèvres et le visage, jusqu’à me couler dans le cou. J’arrivais même à ne plus l’écouter, tellement c’était ses pieds qui me parlaient : s’emmêlant, se touchant, se frottant, se séparant. Il eut fallu pourtant que je décroche mon regard pour le planter dans ses yeux, et là stupeur, l’effet était le même. Entre ses racines et son âme, je ne saurais jamais où mon cœur devrait être. À trop vouloir jongler, j’en avais le mal de l’air.






