Elle court la rumeur qui dit que tes yeux sont bleus beaux, avec un iris en forme de lys, comme une mutation interrogative de fleur. En y regardant de plus près, et comme j’inverse les couleurs, se sont deux perles marrons que j’ai trouvées. Elles faisaient des roulades sur le bord de tes cils, et semblaient chercher un puits lacrymal imaginaire. C’est entre deux interrogations que j’ai compris que tu n’entendais pas ma langue. Celle de ma naissance, de mon sang et de mes rêves, celle par laquelle je pense, j’apprends et je trahis. C’est comme si mes mots passaient aux travers de toi, comme un vent qui ne fâche pas trop, mais que tu n’en saisissais pas la tornade. Voilà dix ans que tu existais ici en t’amputant la langue. À chaque jour tu prenais soin de devenir sourd à ces sonorités. À quoi bon dialoguer dans ce qui serait bientôt un oubli. La force de ton vocabulaire était financière, la mienne poétique. Je te jugeais sévèrement avec tes yeux bleus beaux de n’avoir jamais choisi le fond de ton iris comme symbole de tes paroles. Tu étais au Québec comme du ketchup dans la purée : une faute de goût, de saveur qui ferait de ta digestion une intégration ratée.
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