L'univers d'Alex Duluth, à Montréal

La passe sur elle

31 août 2010

 

Elle était rouillée, toute croche et pas sûr d’elle. J’ai tout de même décidé de la traverser, parce qu’elle surplombait le bonheur. Équilibre dure, elle se balançait à peine, mais d’un coup, elle aurait pu céder sous une plume de poids. Dans cette ombre en son centre, je croyais voir une solution, une bribe de vent sur ma bouche. Alors arrimée de mon mieux, en regardant plus mes pas que mon ciel, j’ai passé au travers de cette ferraille à découvert. De l’autre côté, une ombre bruyante me regardait de son nez : qu’as-tu fait là Alex ? Siller sans scrupule les interdits qui feront de l’équation un total sans réponse. J’ai reculé doucement, rattacher mon âme solide à l’autre rive, celle des certitudes, des rires et des frères. Il n’aurait fallu d’un fils pour que la passerelle ne se casse et brise un début d’harmonie vécue par tous comme une bénédiction.

 

Les alambics

27 août 2010

 

Chauffer, puis refroidir. D’un état à l’autre de ma perception, je me sens comme un alambic rouillé au goût de souffre, qui ne sait plus trop s’il va cracher un délice ou un poison. L’objet de mon désir et si proche du fond de mon verre, que même en y léchant toutes les goutelettes, il ne viendrait pas. La cohabitation de certains liquides peuvent découler en de somptueux mélanges ou d’agréables vomis, tout est question de dosage. Je m’efforce donc de jouer au « rien vu, rien pris », plutôt que de croire que derrière ce regard, il s’en dit long des courtes amours qui s’évanouiront avant de vraiment naître. Pourquoi s’aventurer à de dangeureux cocktails, autant boire le même et finir par ne plus être tout à fait saoul.

 

Les papillons

25 août 2010

 

Je vomis des insectes, j’ai le cœur en balance entre le sang et l’acier, un goût qui me prend de tout crier. T’as pas la carrure de mes pensées, et même dans le silence de mes draps, tu ne me fais venir pas si facilement. Je cherche, mais tu n’as pas d’odeur, juste celle de ma sueur qui pue les papillons. Je construis des immenses échappées où je m’élance à me claquer contre le mur. Il faut bien que j’arrive à détester ces pages collées et sans avenir, pour les voir pourrir sous mes yeux qui ne veulent plus se mouiller de toi, comme ma fente. Si une seule goutte ne pouvait plus sortir de mon corps : salive, sueur, sang et sécrétion, j’aurais gagné ma bataille des sentiments qui ne transpirent plus. Des abandonnés, voilà ce que nous sommes. Des insatisfaits de nos réels amoureux qui idéalisons un concept déjà compliqué et notre intransigeance fera de nous des esclaves qui ne se trouverons jamais.

 

Passerelles

13 août 2010

 

À droite, du rouge, un sens interdit, un arrêt, un sac d’épicerie, une tomate, des rideaux et une tâche sombre. À gauche, du blanc, un amas de neige, une tasse, un navet, une bougie et une flaque. Et au dessus des passerelles. Des passerelles enfumées qui jouent avec l’eau pour éteindre leurs extases. C’est le temps des désirs et des libertés qui ne s’arrêtent pas. Enjamber la surprise et se tailler les pieds sur le bois. Échardes bien plantées dans la chair qui se fait cri. J’ai balancé ma corde de l’autre côté de la crique. Bien attachée, je m’y suis pendue pour m’envoler. Face au sol humide et moi comme suspendu, j’ai perdu toute attache entre ces deux là : je tombe.

 

©2010 RueDuluth.com, tous droits réservés - Graphisme : JP Cocatrix - Intégration Web : David Bérard - Charte d'utilisation